Une brésilienne qui ne voulait pas être dans le stéréotype des lettres: devenir enseignant.e
- paris8enlettres
- Apr 22, 2020
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Updated: Apr 28, 2020
Raisa Santos est brésilienne et a obtenu une licence de lettres à l'UFRJ de Rio de Janeiro, elle vit actuellement à Lille où elle fait un master en marketing à l'EDHEC Business School (Ecole des Hautes Etudes Commerciales). Raisa nous raconte son parcours universitaire et professionnel et les raisons qui l'ont amené à changer de domaine.
Bonjour Raissa, pouvez-vous vous présenter brièvement ?
J'ai fait une licence en lettres à l’UFRJ (Université Fédérale de Rio de Janeiro) avec une spécialité en Portugais et en Français. À l'université, j'ai fait un stage de recherche en littérature où j'ai reçu une bourse. Au bout d’un certain temps, je savais que je ne voulais pas être professeure, j'ai essayé d'enseigner, mais je n'aimais pas cela. J'ai donc voulu travailler avec les livres et j'ai fait un stage à la maison d'édition Record où j'ai travaillé avec les lettres d'une manière différente: l'édition. J'aimais le travail mais le salaire ne me convenait pas, en plus, la situation économique du Brésil avait empiré et beaucoup de gens ont été licenciés. J'ai franchi une nouvelle étape dans ma vie professionnelle et je suis allée travailler au consulat britannique dans l'organisation des Jeux Olympiques[1], un métier peu lié à l'étude des lettres. Quand j'ai terminé ma licence à l'université, j'ai continué sur le plan culturel et j'ai travaillé au consulat de France pour diffuser la langue française à Rio de Janeiro. Je suis actuellement en France où je fais un master en marketing, je souhaite travailler autour de la question de la dissémination de contenu audiovisuel.
Vous avez voulu sortir du stéréotype classique "étudier les lettres et devenir enseignant(e)" et vous avez trouvé d'autres alternatives que beaucoup ne trouvent pas pour travailler avec un diplôme de lettres, comment s'est passée la recherche d'un emploi ?
J’ai dû essayer l’enseignement et être professeure pour découvrir que ce n’était pas pour moi. J’ai donc décidé d’essayer d’autres alternatives et j’ai plongé dans le monde de l’édition, où j’ai réalisé un stage dans une maison d’édition pour le secteur des livres de non-fiction. Je ne connaissais personne dans le monde de l’édition avant cela et pour trouver ce travail j’ai suivi des cours en ligne sur le marché éditorial, j’ai commencé à aller aux lectures proposées par les éditeurs et à la fin je posais mes questions et faisais un networking, jusqu’au moment que j’ai trouvé un éditeur qui m’a offert un stage grâce à mon intérêt pour le domaine. Rentrer dans le monde du consulat s’est fait par hasard, j’ai vu les postes sur Facebook et comme je parlais les langues nécessaires pour le poste, j’ai réussi à retenir leur attention pour une entretien. Ce n’est pas un domaine avec beaucoup d’offres, alors il faut être vigilant.e pour trouver les postes et ne pas avoir peur de faire un networking avec les gens qui travaillent avec ce que l’on envisage de faire.
Pourriez-vous décrire un peu plus votre travail à la Maison d’édition, au consulat britannique et français ? Quel était votre travail de diffusion de la langue française ?
Mon stage à la maison d’édition consistait à accompagner le livre du début à la fin. L’éditeur choisissait le prochain livre à publier et il fallait assurer son passage par toutes les étapes nécessaires: échange avec l’auteur.e, plusieurs révisions, mise en page, création du visuel, marché ciblé, forme de lancement, inscription aux concours littéraires etc. Au consulat britannique pendant mon stage mon atout était les langues et la polyvalence. Dans le secteur publique, l’important est de renforcer les liaisons entre les deux pays en innovant constamment et comme c’était l’époque des jeux olympiques 2016, j’ai beaucoup travaillé pour aider les invités britanniques à Rio de Janeiro, y compris les athlètes, afin de leur assurer un bon séjour. En plus, je me devais d’aider à gérer une maison britannique que représentait le Royaume Uni et sa culture sportive à travers des activités parfois ouvertes au public ou des soirées réservées aux collaborateurs et aux athlètes. Au consulat de France, en CDI, mon but était de disséminer la langue et l’enseignement supérieur français à Rio de Janeiro. Il s’agissait de créer des événements promotionnels ouverts au public, d’installer la langue françaises au sein des écoles locales, d’assurer les échanges académiques et scientifiques entre les universités des deux pays et de promouvoir les universités françaises auprès des étudiants Brésiliens. C’est le travail le plus enrichissant que j’ai réalisé avec mon diplôme de lettres, parce que ma connaissance de l’enseignement de la langue me permettait de mieux comprendre comment l’utiliser pour animer le réseau des enseignants et des étudiants. Le côté créatif de trouver un moyen de faire que la langue française touche la plus grande quantité de personnes possible rendait le travail dynamique. La chance qui m’a été donnée d’organiser des événements culturels pour la diffusion de la langue française me plaisait beaucoup, spécialement en étant témoin du résultat auprès de la communauté de Rio.
En ce moment, vous étudiez le marketing. Quelle est la raison de ce changement de domaine ? Pensez-vous que vos connaissances en lettres peuvent vous aider dans ce nouveau domaine ? Si oui, comment ?
J’ai choisi de changer de domaine parce que même avant de faire des études de lettres, j’ai toujours eu envie aussi d’en apprendre plus sur le marketing. Malgré les beaux moments que j’ai passé au consulat, j’ai choisi de continuer à travailler avec la culture d’une nouvelle manière: travailler dans le marketing pour le monde de l'entertainment. Même si le marketing semble être un monde différent, c’est grâce à ma licence de lettres que j’ai pu développer une sensibilité pour analyser une situation et que j’ai réussi à avoir un bon niveau en français. Mon plan professionnel maintenant est de travailler autour de la question de la dissémination de contenu audiovisuel, notamment dans le monde du cinéma et des séries.
Propos recueillis par Fernanda de Souza
[1] Les Jeux Olympiques d'été célébrés en 2016 à Rio de Janeiro, au Brésil.
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